Histoire du Domaine des Grandes Tours

Le Domaine des Grandes Tours se situe sur la commune de Lucenay dans le sud du Beaujolais a 20 km de Lyon, région qui a obtenu le label de l’Unesco Global Geopark.Il a été créé en 1989 pour rassembler les exploitations gérées par Henri Lapierre exploitant depuis 1960 et son fils Vincent qui vinifie depuis 1986, rejoint ensuite par son épouse Christine en 1999.

Le Domaine exploite 21 hectares de vignes dont 18 ha de cépage Gamay noir à jus blanc pour produire les vins rosés et les vins rouges et 3 hectares de cépage Chardonnay pour les vins blancs. 4 hectares situés dans le vallon de la commune produisent des vins fruités et primeurs grâce à des sols légers et profonds. Les 17 ha restants sont situés sur le coteau : ils permettent d’obtenir des vins de caractère plus structurés tout en restant souples et fruités.

"Le vin console les tristes, rajeunit les vieux, inspire les jeunes, soulage les deprimés du poids de leurs soucis.".
Lord Byron


Pour suivre les travaux de la vigne, saison par saison … et mieux comprendre les termes techniques, les interventions du viticulteur et les transformations de la nature

En hiver

C’est la période de repos végétatif qui dure selon les années entre 5 à 6 mois. Le viticulteur, lui, ne chôme pas : c’est aussi la période de la taille de la vigne qui consiste à supprimer les vieux sarments qui ont produit les raisins récoltés. La taille est réalisée au sécateur, cep par cep. Elle commence dès la chute des feuilles en novembre et peut se finir en mars. Il s’agit de réduire la végétation à une tige principale appelée porteur avec deux bourgeons ou yeux et une baguette de 6 ou 7 yeux qui déterminera la future récolte. Cette taille qui porte le nom de taille en Guyot simple se pratique dans cette zone du Beaujolais ; elle permet de limiter la croissance démesurée de la vigne pour régulariser la production des raisins en qualité et en quantité. Il convient également de surveiller l’effet du gel d’hiver peut avoir des conséquences dramatiques sur la vigne mais celle-ci a quand même la capacité à résister à des températures descendant jusqu’à -18° C. En région Beaujolais, ce gel d’hiver est très rare. C’est aussi la période où l’on entretient le palissage : remplacement des piquets cassés et des fils de fer usés car la vigne est une liane solide qu’il faut dresser vers le haut pour que les raisons profitent du soleil.

Au printemps

Juste avant la reprise de la végétation, le viticulteur doit repérer et remplacer les ceps qui sont morts pendant l’année, afin de ne pas voir les maladies du bois responsables de cette mort se propager aux autres pieds, et maintenir un niveau de rendement exigé par le cahier des charges de l’AOC (appellation d’origine contrôlée). Cette intervention s’appelle le rebrochage. Mais bientôt la vigne se met à pleurer : c'est le début d’un nouveau cycle végétatif ! la vigne pleure car la sève s’écoule par les plaies de la taille. Très vite, avant que les nouvelles pousses ne sortent, il faut alors « plier les baguettes » ou sarments de 6 ou 7 yeux qui sont attachées avec des petits liens sur le fil de fer le plus près du sol. Ce travail fastidieux peut être facilité par l’usage d’outils électriques. Ce travail terminé, voici les premiers yeux qui gonflent, les bourgeons pointent, gare au gel de printemps ! en dessous de -2° C, les jeunes pousses sont tuées et ce froid peut s’avérer fatal pour la récolte à venir. C’est ensuite la période où les fils de fer retenus par des agrafes sont abaissés à terre pour que la végétation pousse au-dessus.

En été

La vigne a poussé : les futures pousses qui vont porter les raisins, et avec elles les curons, pousses directes sur le cep qu il faut éliminer, c est l’ébourgeonnage qui consiste à ne laisser que les rameaux fertiles et éviter ainsi l’entassement du feuillage propice au développement des maladies par excès d’humidité au ras du sol. Cette opération s’effectue à la main pour éviter l’emploi de produits néfastes pour l’environnement. L’ébourgeonnage terminé, les travaux s’enchainent : c’est alors le relevage des fils baissés au printemps pour redresser la vigne qui a tendance à trainer au sol. Les fils sont maintenus resserrés de chaque côté de la végétation par des agrafes. C’est l’époque où la biodiversité s’exprime : la faune pullule alors dans les vignes : coccinelles utiles prédatrices des pucerons, cigales, sauterelles, grillons et de nombreux autres insectes, mais aussi lézards, lapins ou oiseaux qui nichent dans les ceps... Moins connus également les insectes utiles tels que les typhlodromes (famille des Phytoséeidés), prédateurs des acariens ravageurs de la vigne, et de petites guêpes qui se développent aux dépens d’insectes parasites en pondant dans les œufs ou larves d’insectes nuisibles tels que les vers de la grappe. Afin de les protéger, le Domaine des Grandes Tours a choisi de conduire ses vignes en lutte raisonnée : le viticulteur surveille très régulièrement toutes ses parcelles pour assurer une protection des insectes auxiliaires en limitant au maximum l’utilisation des intrants et en intervenant tout en respectant la nature à des périodes bien précises, lorsque des seuils de nuisibilité sont dépassés. L’usage des herbicides est fortement réduit avec l’implantation entre les rangs d’herbe qui limite également l’érosion des sols en cas d’orage et permet de respecter la micro-faune et flore des sols. Des bulletins techniques d’informations et de suivi des stades et de l’évolution des bioagresseurs (maladies, insectes) diffusés aux agriculteurs sont utiles pour réaliser ces suivis et des interventions ciblées. Les produits utilisés peuvent être d’origine chimique ou naturelle, et l’usage de ces derniers se développe fortement : à base de phéromones sexuelles qui perturbent l’activité des insectes, ou bien de micro-organismes (par exemple bactéries présentes à l’état naturel Bacillus thuringiensis à effet insecticide sur des chenilles). Début juillet, les premiers grains commencent à se colorer, c’est la véraison et le début de la maturité.

Automne

Les raisins blancs (de cépage Chardonnay) dorés par le soleil et les raisins rouges (cépage Gamay) colorés par la lumière arrivent à maturité. Le viticulteur contrôle alors régulièrement ses vignes et surveille l’évolution du taux de sucre qui progresse (il déterminera le degré alcoolique de la récolte) ainsi que celui de l’acidité qui diminue. La date officielle du début de la récolte est alors déterminée, avec la levée du ban des vendanges, autorisation administrative nécessaire pour commencer la récolte et qui remonte au Moyen Age (à l’époque, c’est le seigneur du domaine qui le donnait…). Cette date est située pour la commune de Lucenay et selon les conditions de l’année entre la fin août et la mi-septembre. Le personnel saisonnier qui va assurer la récolte de la vendange est recruté, soit environ 35 personnes pendant 10 à 15 jours de vendanges. Le chai ou cuvage est également préparé pour recevoir les raisins. Les vendanges constituent l’aboutissement d’une année de travail, c’est la récompense d’une année de labeur, sous réserve de bien réussir la vinification, ou transformation du raisin en alcool ; le métier de vigneron commence alors. Le cuvage du Domaine des Grandes Tours est d’une capacité d’environ 2 000 hectolitres. Il allie modernité et méthode de vinification traditionnelle avec :
  • le respect de la grappe récoltée manuellement et encuvée par gravité.
  • Le contrôle des températures est assuré par des échangeurs eau/vin dans les cuves évitant ainsi le pompage du vin.
  • Une vinification assurée au Domaine des Grandes Tours sans emploi de sulfites.
  • Un pressoir pneumatique qui permet d’extraire les jus sans trituration de la vendange.
Selon les conditions, il faut chauffer la vendange pour en extraire la couleur, ou bien la refroidir pour en garder le goût du fruit. Une surveillance heure par heure de l’évolution des différentes cuves est alors réalisée : les nuits sont très courtes ! Après 5 à 6 jours de fermentation des raisins entiers (la peau libère sa couleur, et la rafle produit les tanins), le premier « vin » sort du pressoir ; on l’appelle le « paradis », ou jus de raisins partiellement fermentés peu alcoolisé et riche en sucre, très apprécié des amateurs… Ce jus finit de fermenter pour donner des vins de type « primeurs » fruités, à boire jeunes. C’est alors l’époque du « Beaujolais nouveau qui est arrivé »… Depuis 1985, cette cuvée arrive tous les troisièmes jeudis du mois de novembre à 00h00. Pour les vins destinés à être conservés ou vins de garde, la fermentation sera plus longue pour extraire des tanins qui s’améliorent en vieillissant.

Maintenant place à la dégustation !

"C'est la pénicilline qui guérit les hommes, mais c'est le bon vin qui les rend heureux." .
Alexandre Fleming